Radioprotection

Après avoir changé de locaux et de scanner, les manipulateurs équipés de dosimètres opérationnels observent des pics de dose (2 à 16 µSv) alors qu’ils sont positionnés à la console TDM, derrière une vitre plombée.
Est-il normal d’observer ces pics de doses à ce poste ? Les femmes enceintes travaillent à la console TDM dans le cadre d’un aménagement de poste : quelles sont les conséquences ?

Dans le cadre de la réglementation, les locaux doivent répondre à des normes de radioprotection qui concernent aussi bien les salles que les installations. Les parois des locaux doivent « arrêter » les rayons X pour assurer la protection des travailleurs et du public. Avant la mise en service d’un nouveau générateur, un contrôle initial de radioprotection doit être effectué par un prestataire externe et/ou la PCR (personne compétente en radioprotection) de l’établissement afin de valider la conformité de l’installation.
La PCR doit également réaliser une analyse du poste de travail afin de projeter l’exposition aux rayonnements ionisants dans les conditions normales de travail.

En l’occurrence, le poste de commande d’un scanner se trouve en zone surveillée dans laquelle le travailleur est susceptible de recevoir une dose efficace au corps entier inférieure à 0.0075 mSv (7,5 µSv) en une heure. Pour mémoire, l’exposition naturelle en France est de 3 à 6 µSv par jour.
Si la dosimétrie opérationnelle indique des pics de doses, la PCR doit s’interroger à propos :

  • du résultat des mesures effectuées lors des contrôles de radioprotection… ?
  • du résultat de la dosimétrie d’ambiance, de la dosimétrie passive du personnel à ce poste, de la dosimétrie opérationnelle journalière des manipulateurs… ?
  • du déclenchement des alarmes : sur le même type d’examen ? à chaque examen ? combien d’alarmes ? avec différent MER et combien ? pour l’ensemble du personnel travaillant à ce poste… ?
  • du positionnement du travailleur lors de l’alarme indiquant un pic de dose… ?

De nouvelles mesures sont également à effectuer pour vérifier l’efficacité de la vitre plombée.
L’analyse de l’ensemble des paramètres doit permettre d’assurer la radioprotection du personnel en prenant toutes les mesures nécessaires pour pallier au plus vite au problème.

En ce qui concerne les femmes enceintes, rien ne leur interdit de travailler au niveau d’un poste de commande de scanner. La surveillance journalière est assurée par les dosimètres passifs et opérationnels dont les alarmes (de débit de dose et de dose) auront été réglées spécifiquement (exposition limitée à 1 mSv entre la déclaration de la grossesse et l’accouchement).

Radioprotection de la femme enceinte chez les manipulatrices

Les réponses à ce questionnement sont contenues dans le décret modifié 2003/296 du 31 mars 2003 transposant dans le Code de la santé publique la directive Euratom 96/29.

En cas de grossesse, avérée et médicalement constatée, les dispositions sont prises pour que l’exposition de l’enfant à naître, pendant le temps qui s’écoule entre la déclaration de grossesse et le moment de l’accouchement, soit aussi faible que raisonnablement possible et en tout état de cause en dessous de 1 mSv. Toutefois, on peut considérer que la dose à l’embryon ou au fœtus est dix fois inférieure à la dose indiquée par le dosimètre passif, ceci en raison de l’absorption par les tissus.

Si l’on peut s’assurer sur la base d’une étude de poste (réalisée par la Personne compétente en radioprotection – PCR – par délégation de l’employeur) et la vérification des relevés dosimétriques, que cette dose ne peut être atteinte, il n’y a pas lieu d’écarter la femme enceinte d’un poste de radiologie diagnostique (il en est autrement pour les manipulatrices affectées en radiologie et cardiologie interventionnelles, médecine nucléaire et curiethérapie). Il faut préciser que les personnels féminins classés en catégorie A au regard des dispositions du Code du travail ne peuvent être maintenus dans ces postes, la dose qu’ils seraient susceptibles de recevoir étant égale ou supérieure à 6 mSv/12 mois.

La soustraction d’une femme enceinte à un poste sous rayonnement ionisant ne doit en aucun cas être  systématique. Selon les dispositions du Code du travail, l’affectation à un poste sous rayonnement ionisant est soumise à l’avis d’aptitude du médecin de santé au travail.

Dès lors qu’une femme se sait enceinte, il est recommandé d’en informer le médecin de santé au travail qui prendra les dispositions jugées utiles en tenant compte de la fiche de poste, des conditions de travail et de l’état d’évolution de la grossesse au cas par cas.

Dans la pratique, la conduite à tenir pourrait être:

  1. S’assurer que la personne enceinte ainsi que l’ensemble des personnes soumises aux radiations ionisantes ont bien bénéficié de la formation obligatoire à la radioprotection des travailleurs, organisée par l’employeur au minimum tous les trois ans.
  2. Appliquer rigoureusement le principe de limitation des doses (temps, écrans, distance).
  3. Informer le médecin du travail et la personne compétente en radioprotection de l’état de grossesse.
  4. Dans les établissements disposant d’un système de dosimétrie opérationnelle, il peut être judicieux que la personne enceinte porte ce dispositif (en sus du dosimètre passif) dès lors qu’elle pénètre en zone réglementée au regard de la radioprotection. La personne compétente en radioprotection pourra paramétrer le dosimètre actif à un seuil d’alerte de 1 mSv. Cette disposition, bien que non obligatoire, permet un meilleur suivi dosimétrique par la personne compétente en radioprotection, le médecin du travail et la personne enceinte qui est informée en temps réel de son niveau d’exposition.

D’un point de vue de la dose, des postes comme la console de scanner, la mammographie ou les salles  télécommandées, constituent donc des options intéressantes (en respectant bien sûr les règles de bonnes pratiques : éloignement de la source, rester derrière le paravent plombé lors de l’émission des RX, éviter le contact de proximité et prolongé des patients émanant d’un service de médecine nucléaire, en particulier pour ceux qui ont bénéficié de dose à visée thérapeutique).

Indépendamment des risques d’exposition aux radiations ionisantes de l’enfant à naître, le médecin du travail appréciera également la charge physique de travail, le Code du travail indiquant que le poste doit être “convenablement aménagé”. Au regard des dispositions réglementaires, il n’existe pas de contre-indication formelle pour que la femme enceinte soit dispensée de travailler le week-end.

Commission Réglementation et Imagerie Médico-Légale

n° 192 de novembre 2012 – Le Manipulateur d’imagerie médicale et de radiothérapie